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tribulations d'un golfeur voyageur


Journal de bord jour 1 et 2 :

Jour 1 :

Une journée entière de voyage ça fatigue et c'est simple à résumer :

Levé 4 h, départ 6 h, arrivée 8 h, départ 10 h 30, arrivée 19 h 30, départ 21 h 20,

arrivée 23h, départ minuit, arrivée 1 h. Couché 2 h.

C’est bon, première journée résumée !


Je viens d'arriver en Ouganda, j'ai retrouvé mon pote Guillaume, puis nous avons retrouvé Sam notre ami taxi laissé l'année dernière.


Le vol fût long, mais l'aventure sera belle. Arrivés de nuit nous devrons patienter avant de se sentir "vraiment arrivés", alors on se couche même si je ne veux pas dormir.








Jour 2 :


8 h : `jamais drôle les voyages en avion, surtout quand on s’endort le ventre vide après 24 h de veille !

Mais qu’importe, le soleil se lève et j’ouvre les yeux avec lui, il m’appelle !

Le compère dort encore, il est le loir de notre duo. Je ne peux pas m’empêcher d’aller voir dehors, discrètement pendant son sommeil.

Ça y est… La lumière me le confirme et m’envoie plein de signaux !

Je suis en Afrique ! Ce paysage luxuriant de collines vert Augusta, recouvert d’une légère brume et ces toits de tôle. On ne peut pas se tromper lorsqu’on entend un chant d’un oiseau inconnu mêlé aux moteurs des mobylettes. Surtout lorsque celles-ci côtoient chèvres, coqs et passants. La vie de mes frères de l’autre bout du monde fourmille, mes sens s’éveillent et je m’émerveille devant ce spectacle du haut de la petite forteresse que constitue notre hôtel.

Je suis un privilégié à deux pas d’un bidonville. Je prends mon café du matin sur la terrasse de l’établissement, un café bourré de douceur, soit dit en passant. Mon esprit vagabonde à défaut de vagabonder moi-même car ici il faut faire attention, les gardes armés à l’entrée vous le rappelle.

Je m’en rendrai tous les jours un peu plus compte. L’argent ici, plus qu’ailleurs, dicte tout.


11 h : je vais réveiller Guillaume, je ne peux plus tenir ! Je veux jouer ! D’autant que le temps tourne vite ici et le ciel s’obscurcit lentement mais sûrement. D’ailleurs au dessus de moi le soleil a laissé place à un plafond aux nuances de gris souris.

13 h 30 : au moment de partir au golf, un rayon de soleil retardataire et trompeur prend place, mais s’enfuit aussi vite qu’il est apparu ! Un vent chaud tourbillonne alors quelques dizaines de secondes, le flegme ambiant de la rue en face de moi laisse place à une tranquille agitation. On trottine vers des abris, on presse le pas. Les kampalais « sentent » la météo, connaissent les signes annonciateurs d’un gros-grain. Ça me rappelle mon enfance dans les îles.

Cette fois-ci, toutefois, seulement quelques gouttes tombent. Ce nuage se déversera sur le versant opposé de la vallée. Un peu de répit, c’est le voisin qui prend !

Le gris souris reprend sa place, le flegme ougandais le suit au pas.

13 h 35 : le trafic est relativement dense et il nous faudra une quinzaine de minutes pour effectuer les 4 km qui nous séparent du golf, sur la route comme toujours, quelques petits instants de vie m’interpellent, des choses somme toute banales, mais différentes de ce que je connais.

Ici, sur la route, c’est un peu la foire, mais même si tout le monde tente plus ou moins de gruger quelques secondes par ci par la en se faufilant, personne ne bronche et tout est étonnamment fluide. Les conducteurs ne réagissent pas aux petits accrochages ils préfèrent rester concentrés pour ne pas risquer plus. Dans les carrefours, les policiers décident de tout, parfois, une file roule pendant un quart d’heure et une autre reste immobile. Un bouchon gigantesque se forme et des centaines de motos s’aglutinent, prêtes a partir dans tous les sens. Une fois votre tour arrivé, il faut être paré à toute éventualité. Une moto a contre sens , puis deux puis trois. Tout se frôle au centimètre prêt, quelques coups de Klaxons, un coup d’œil aux policiers, aux passants.


13 h 50 : nous apercevons enfin l’Eden de Kampala : le « Uganda golf club », Enfin ! Nous y sommes ! Et directement à la sortie du taxi, nous accueille Ian et Denis, nos caddies de l’année dernière.

Nous avions prévu une partie d’entraînement avec eux parce qu’ils participent au tournoi amateur cette année. (Guillaume leur a payé l’inscription.) Nous rencontrons donc par leur intermédiaire nos nouveaux caddies pour cette édition, deux de leurs proches amis.

Le mien s’appelle Derick.

Derick a 25 ans, 15 d’index et une gentillesse qui déborde ! Nous nous entendons très bien directement.

Il a une fille de 3 ans qui s’appelle « peace » comme beaucoup de femmes en Ouganda.


14 h 10 : je découvre donc avec cette joyeuse bande le parcours mythique de la capitale du Ouganda.

Un vieux parcours construit a une autre époque, dans une vallée surmontée de tours immenses, d’ambassades et d’hôtels aux styles coloniaux.

Une vraie jungle aux greens nichés entre des arbres immémoriaux !

Les verts fairways du golf sont tantôt, dans de grands dévers à flanc de collines, tantôt, serpentent le long de pièces d’eau et de canaux. Constructions primordiales pour éviter la noyade dans les contrebas du terrain. Surtout en pleine saison des pluies.


Au fil des trous, les mots n’existent pas pour décrire l’état dans lequel je me sens. Un mélange d’excitation et de contemplation.

Au-delà du cadre, j’engrange les informations sur le parcours en prévision du tournoi.

Le parcours est superbement dessiné, les arbres avalent les fairways, leurs branches immenses dictent souvent la marche à suivre. Draw bas, fade haut, draw haut. Il faut les éviter, les contourner, les voler. Quand ils résonnent, c’est très mauvais signe. Car les roughs sont inextricables, ils engloutissent les balles.



Les greens eux, sont en paspalum, comme le reste du parcours. C’est une première pour moi ! Je ne pensais pas cela possible d’avoir de bons greens sur ce type d’herbe. Et pourtant !

Le paspalum est une herbe grasse qui pousse en touffe, ce qui signifie que les greens sont à moitié recouverts de terre quand on regarde de plus près. Mais l’herbe est rasée si rase que parfois en descente, la balle roule sans jamais s’arrêter. Elle sautille aussi parfois, mais qu’importe, ça fait partie du charme !


16 h 30 : nous venons de terminer le trou n°11 et nous nous dirigeons vers le 12 qui jouxte le club house. Quelques gouttes de pluie commencent à tomber et des tâches anthracites menaçantes font leur apparition au dessus de nos têtes. Ian et Denis parlent entre eux en regardant le ciel.

16 h 35 : c’est le déluge ! À l’abri d’un parking couvert de toits en tôle nous attendons avec les "travailleurs" du golf. Comme partout dans les pays très pauvres, ils sont nombreux à « graviter » autour des terrains de golf. Tous ici sont reclus dans un bâtiment en ruine miteux, à deux pas d'un club house où ils n’ont pas l’autorisation d’aller, ils sont prêts à proposer tous les services possibles et imaginables aux golfeurs.

Dans ce bâtiment, des femmes font a manger dans d’immenses marmites posées sur des cailloux, des sacs de golf aux clubs rutilants traînent au milieu de dizaines de chaussures qui sèchent à l’abri.

Ils sont souvent plusieurs dizaines à attendre une opportunité de gagner leur pain, certains sont entreprenants et viennent nous parler. D’autres, préfèrent regarder discrètement. Des regards envieux souvent, des regards durs parfois, de la curiosité de voir des blancs s’aventurer dans leur espace.

16 h 50 : c’est certain, nous ne reprendrons pas le jeu aujourd’hui. Il pleut beaucoup trop. Le parcours est sous l’eau, et même s'il boit vite, aucun sol au monde ne peut contenir un ciel qui pleure des gouttes grosses comme mon pouce. Des torrents se forment un peu partout, nous appelons Sam pour qu’il vienne nous chercher avant que les routes ne soient définitivement impraticables et qu’on reste bloqués au golf pour plusieurs heures.


17 h 10 : la pluie s’est calmée, on fait quelques approches sur le chipping green avec les caddies et leurs amis, ils empruntent nos wedges pour faire quelques coups. Le golf fait retomber tous le monde en enfance. Un moment sympa ! Ils ne le savent pas encore, mais les wedges qu’ils utilisent sont leurs futurs wedges, je leur donnerai à la fin du tournoi. Une année entière a économiser ne leur suffirait pas pour acheter l’un de ses clubs. Alors ils profitent !

17 h 20 : Sam est arrivé. Nous repartons à l’hôtel. Déjà plein de souvenirs en tête.

Ce n’est que le début.



21h : La ville s'endort avec le couvre feu, les djembés cessent de raisonner au loin et les grenouilles géantes font leur apparition.




Minuit : Les meutes de chiens aboient comme chaque nuit. Quelques coups de feu retentissent dans les rues, la nuit, comme partout, un autre monde s'éveille. Un monde dans lequel il ne fait pas bon de s'aventurer.



A suivre....



Florent Alès





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